les chroniques d'annwfn

Départ...

Voici un premier extrait du tome 1 : le prophète. Je vous en livrerai quelques uns au fil du temps. Comme tout extrait qui se respecte, il lui manque le début et surtout la suite... J'espère que cette frustration sera de bon augure et qu'elle vous incitera à attendre les autres extratits et si par bonheur, le roman était publié, à l'acquérir...

Kalindahar , semblait voir au-delà du plateau de jeu. Elvan aurait juré que le vieil homme savait déjà tout de la partie qu’ils venaient de commencer. Qu’importe, il essayerait de vaincre. Le Krül était un jeu terra-mercurien, importé il y a plus d’un millier d’années par les colons. Tactique, ce jeu était simple à apprendre, mais s’avérait difficile à maitriser. Elvan n’arrivait toujours pas, en dix années, à allier efficacement la notion de zone à celle de ligne d’attaque. Soit Kalindahar perçait ses lignes et prenait le contrôle des territoires, soit l’attaque d’Elvan s’écrasait sur des murs infranchissables, et ses armées se retournaient contre lui.

Pendant que le jeune homme se torturait les méninges pour contrer efficacement son maître, Kalindahar l’observait du coin de son seul œil valide. Comme ils se ressemblent... mêmes yeux clairs, mêmes cheveux châtains cuivrés... il fait plus âgé. Sans doute cette petite ride d’expression entre les deux yeux à la base du front... Ou bien est-ce moi qui veut y voir plus de sagesse. Le vieil homme sourit à cette pensée. Elvan venait de jouer et se renfrogna à la vue de ce sourire qu’il interpréta de travers. J’ai encore joué comme un pied ! Se dit-il.

La partie dura un peu plus de trente minutes. Elvan essaya d’en tirer un peu de fierté, en vain. Il avait fait, selon lui, erreur sur erreur, et le maigre réconfort de son record de longévité ne suffisait pas à faire oublier cette ultime défaite. Je partirai donc sans vous avoir vaincu. Alors qu’il quittait la petite bibliothèque qui jouxtait les appartements du grand maître, il maugréa encore un peu sur son manque de concentration. Qu’est-ce qui te fait peur ? Il se fit une raison, sourit intérieurement et pénétra dans la chambre qu’il partageait avec son ami Leysseen.

C’était une petite pièce exigüe, taillée dans la roche. Il y avait de la place pour deux lits, une table et deux tabourets en bois usés. Les deux jeunes avaient essayé de personnaliser l’austère rectangle en accrochant quelques vieux tissus brodés aux murs. Malgré cette sobriété, la chambre était tout de même agréable. Leysseen n’était pas là, mais ses affaires étaient déjà prêtes. Un vieux sac de peau élimée, contenait les deux ou trois affaires du jeune homme. Il faut que je prépare les miennes. Pourquoi tant de réticence ? De quoi as-tu peur ? Il aurait dû être content de quitter la Tour, de découvrir enfin le monde. Après dix-sept ans passés dans ces sombres cavernes, éclairées seulement par les torches et la lumilite, un cristal luminescent, il allait pouvoir voir Krill , le grand œil, le soleil diurne briller de ses feux rouges et son double la naine blanche K’Ali-Krill éclairer la nuit annouvéenne. Mais, il n’arrivait pas à s’en réjouir, pas comme il pensait qu’il l’aurait dû en tout cas.