les chroniques d'annwfn

Au coeur de l'hiver...

Comme souvent dans cette litérature, il y a dans mes chroniques de nombreux personnages et de multiples lieux. Bien-sûr, on en suit certain plus que d'autres et l'intrigue principale et centrée sur les trois jeunes gens sortis de la Tour. Mais, les destins se mêlent et se croisent pour former un inextricable toron d'intrigues.  Voici donc un autre extrait dans d'autres lieux et d'autres personnages...

Darsh, quelque part entre glace et roc. La silhouette massive du Saar Kineen se découpait sur la ligne de crête. Dans ce ciel d’un bleu intense, que seules les régions septentrionales connaissent, où s’étiolent de hauts cirrus tels des flammèches filandreuses et cotonnées, la forteresse du baron Da-Kineen apparaissait grise et comme taillée dans la montagne elle-même.

La journée était bien avancée, mais on était dans cette saison où le jour dure deux fois plus que la nuit. Une nuit marquée par la levée d’un vent sec et froid. C’était l’heure où Younaï prenait son tour de garde à la lourde porte de la forteresse. Même emmitouflé, comme il l’était dans une chaude et large cape de fourrure, le jeune soldat savait que la nuit serait longue et pénible, particulièrement quand le vent entamerait sa danse glaciale. Younaï était pourtant habitué aux durs climats de son pays, mais il préférait endurer le froid dans une colonne en campagne contre l’ennemi, que tapis prêt d’un braséro fébrile au cœur des marches du royaume. Même si ces marches appartenaient au plus prestigieux chef de guerre qu’avait connu le royaume Darshien.

Qui oserait sortir à une heure pareille ? Qui oserait nous attaquer ? Les pensées du jeune homme erraient, sans but précis, sur le fil du temps qui s’écoule. L’imagination et les rêves de gloire, voilà bien tout ce qui pouvait permettre de s’évader un instant d’une vie morne et répétitive de rondier.

- Ouvre-moi.

Le garde sursauta, surpris dans ses rêveries. Il ne l’avait pas entendue arriver. La cavalière tendait son doigt pour désigner au soldat, encore saisi, l’énorme porte de la citadelle, qui donnait sur l’extérieur.

- Tout de suite maîtresse, mais il est tard et le vent...

- Fais ce que tu dois faire ! Younaï se mordilla nerveusement les lèvres et se hâta de débloquer le battant de la porte. La cavalière se retourna sur sa selle et aperçu en haut du donjon la silhouette floue du baron qui devait la regarder depuis la fenêtre de son bureau.

Je l’accomplirai ta mission, mais tu ne me reverras plus. Elle caressa l’encolure de sa monture et lui fit signe d’avancer vers le froid, le vent et bientôt la nuit. Le faucheur renâcla mais s’engagea sur le sentier. Avec un peu de chance nous serons à l’Ashrina au petit matin.