les chroniques d'annwfn

Le camp attaqué

Dans toutes les histoires et plus particulièrement dans les romans fantastiques il y a des moments clés où les personnages principaux sont soumis à rude épreuve. Des évènements qui les mettent en tension et révèlent une facette de leur personnalité ou l'affirme d'avantage. L'extrait qui suit est un de ces moments.

- La caravane est attaquée ! Vite !

Sans réfléchir plus avant, les deux hommes se précipitèrent à la suite d’Ysaël. Au fur et à mesure qu’ils approchaient, ils percevaient les clameurs et le bruit des armes. Leysseen accéléra et il dépassa Ysaël. Il aperçut un faisceau où reposaient encore des lances. Il en saisit une et plongea au milieu du tumulte. Sa lance tournait, l’air autour de lui vibrait, son corps sautait, tournait, esquivait. Son bras s’abattait et repartait. L’odeur et le goût du sang peu à peu s’insinuèrent dans sa bouche. Il n’en avait cure. Elvan s’arrêta à hauteur de la première tente et ce qu’il vit le figea sur place. Plusieurs tentes étaient en feu dont la leur. Les sethiens accouraient pour éteindre l’incendie qui menaçait de se propager aux autres tentes du camp. D’autres combattaient des hommes en armure sombre qui dissimulaient leurs visages dans des chèches noirs. Leurs sabres recourbés taillaient les rangs des caravaniers pourtant aguerris. Et au milieu de ce chaos, un tourbillon de fureur fendait les assaillants. Leysseen laissait un lit de morts et de blessés agonisants derrière lui. Un peu plus loin Ysaël rassemblait un groupe de guerriers pour encercler les agresseurs inconnus qui avaient profité de leur absence pour fondre sur la caravane au repos. Il perçut un mouvement en retrait des combats. Son regard fouilla le désordre et il vit l’archer bander son arc dans la direction de Huy-Ren venu aider à éteindre les feux par sa magie. Un bref instant l’air vibra. L’archer eut un haut-le-corps et son bras resta figé dans son mouvement, les doigts crispés sur la flèche. Elvan savait que s’il maintenait sa concentration la poitrine de l’homme, bloquée elle aussi, empêcherait ses poumons de prendre l’air vital. Le temps que l’homme comprenne ce qui se passait, une épée sethienne s’abattit et l’artère tranchée expulsa dans une gerbe écarlate la vie de l’archer. Elvan relâcha sa concentration et remercia Eù d’avoir eu l’idée et la force de créer ce sort. Huy-Ren avait vu l’archer mais il n’avait pas relâché sa concentration et une pluie averse s’abattit sur l’une des tentes. Son regard fouilla les ténèbres et il l’aperçut vêtu des énergies du désert, nimbé et nanti de la puissance des Jidù.

Deux Jidù !... Par deux fois encore, Elvan utilisa ce sort, ce soir-là. Et par deux fois deux vies furent arrachées. Le combat avait à peine duré quelques minutes. Sa violence apparaissait maintenant clairement à Elvan qui errait à la recherche de Leysseen et de sa sœur. L’incendie avait été éteint et la caravane comptait ses morts. Elvan arriva près du T’An qui s’appuyait sur Leysseen. Une sévère entaille lui barrait la cuisse et le sang continuait à suinter. En s’approchant il prit conscience de sa nudité. Dans l’urgence de l’appel de sa sœur, il n’avait pas pris la peine d’enfiler ses vêtements et s’était amener au milieu du combat dans le plus simple appareil. Il s’arrêta net, et quand son regard croisa ceux incrédules de Leysseen et de T’An Matteï , il y eut un léger flottement et les trois hommes partirent d’un rire franc et libérateur. D’autres figures noircies et sales se tournèrent vers eux et les sourires barrèrent leurs visages fatigués.

Un peu plus tard, T’An Matteï était dans le secteur des tentes brûlées où l’attaque avait commencé. Leysseen était en train de fouiller les décombres calcinés de leur tente. Pendant, qu’Elvan soignait un jeune krillien blessé au torse. Sa main se posa délicatement sur la blessure du gamin qui devait à peine avoir quinze ans. Ce dernier serra les dents et ses lèvres se pincèrent. Puis la douleur fit place à un picotement et la plaie se referma presqu’entièrement pour ne laisser qu’une cicatrice encore rouge. Le T’An s’approcha et posa une main sur l’épaule d’Elvan.

- Merci faiseur. La nuit va être longue pour toi. D’autres blessés attendent tes soins...